Montauban · 1889 — Île Yule · 1924
Il conquit le ciel,
puis se donna au Ciel.
As de la Grande Guerre — vingt-huit victoires.
Puis prêtre, puis missionnaire aux confins du monde.
In memoriam
Dans le fracas de 1918, un nom faisait trembler les lignes allemandes : celui d'un chasseur qui, seul, décrochait les ballons d'observation comme on décroche des étoiles. Ce chasseur priait avant chaque vol. Six ans plus tard, il mourait prêtre, épuisé de fièvre, sur une île perdue du Pacifique — ayant tout donné, deux fois : à la France, puis à Dieu.
« Je n'ai jamais évité le moindre combat. »
L'as briseur de ballons
Artilleur devenu aviateur, il obtient son brevet de pilote — le n° 7457 — le 20 octobre 1917, à vingt-huit ans. On l'affecte à l'escadrille SPA 152, « l'escadrille des Crocodiles », basée à Pau. Là, il se fait une spécialité redoutée entre toutes : l'attaque des Drachen, ces immenses ballons d'observation allemands, hérissés de mitrailleuses et gardés comme des trésors.
En quelques mois, il en abat vingt-sept. Vingt-huit victoires au total, deux cent cinquante-quatre heures de vol de guerre, soixante-sept combats. Il devient le premier as des chasseurs de ballons — l'un des plus grands as français de la Grande Guerre.
Léon Bourjade (cerclé) et l'escadrille des Crocodiles — la SPA 152, avec son crocodile fétiche.
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Dans chaque appareil qu'il pilota, il fit fixer un fanion du Sacré-Cœur et un portrait de sainte Thérèse de Lisieux. L'usage était mal vu ; ses victoires le rendirent intouchable.
Les Drachen — ses proies dans le ciel.
Distinctions
« La terreur des ballons ennemis. »
Léon Bourjade, homme de foi
J’ai la ferme résolution de faire tout mon possible pour rendre à sœur Thérèse toute la gloire qui me reviendra de mes combats — si du moins le Bon Dieu permet que j’en aie beaucoup.
Pendant des années, il s’adressa à sainte Thérèse de Lisieux dans de petits carnets noirs qui l’accompagnèrent partout — jusque dans le cockpit.
Avant la guerre, séminariste chez les Missionnaires du Sacré-Cœur, il avait été proscrit par les lois anticléricales de la République. Qu’importe : il fit graver et fixer, bien en vue sur la carlingue de son avion, le portrait de cette religieuse alors presque inconnue.
Le don de soi
La vocation avait précédé la gloire. Dès 1908, avant la guerre, Léon était entré au noviciat des Missionnaires du Sacré-Cœur, à Issoudun. La paix revenue, il reprit le chemin interrompu : le 26 juillet 1921, il fut ordonné prêtre.
Il aurait pu rester. On lui offrait l'honneur, les tribunes, le souvenir. Il choisit l'exil. Dès novembre 1921, il embarqua pour la Papouasie, aux antipodes de tout, pour vivre trois années parmi le peuple Roro. Les habitants, frappés par sa réserve, le surnommèrent « le veuf ».
Le 22 octobre 1924, la fièvre l'emporta sur l'île Yule. Il avait trente-cinq ans. Toute sa vie, il avait porté la même dévotion secrète : celle de sainte Thérèse de Lisieux, à qui il écrivait des lettres.
Il avait fauché les étoiles ennemies dans le ciel de France ;
il vint mourir obscur, pour les âmes, sous un autre ciel.
Les racines
Il naît le 25 mai 1889 à Montauban, neuvième d'une famille nombreuse, bourgeoise et profondément catholique — de celles qui, chaque matin, lisaient La Croix. De ce foyer de foi partiront sa vocation et son courage. Son frère Victor lui consacrera, plus tard, une biographie fidèle.
Neuf enfants
Archives
Postérité
Sept ans après sa mort, Montauban, sa ville natale, lui dédia de grandes « Journées Bourjade » — un meeting d'aviation, le 14 juillet 1931. À Paris, un service solennel avait été célébré à l'église des Invalides, présidé par le cardinal Dubois, archevêque de Paris. En hommage, disait-on, « à ce double titre d'apôtre et de soldat exceptionnel ».
Une vie
Naissance à Montauban, le 25 mai.
Entre au noviciat des Missionnaires du Sacré-Cœur, à Issoudun.
La guerre. Il sert d'abord dans l'artillerie.
Brevet de pilote. Il rejoint l'escadrille SPA 152.
Sommet de gloire : as briseur de ballons, chevalier de la Légion d'honneur.
Ordonné prêtre. En novembre, il part pour la Papouasie.
Meurt sur l'île Yule, le 22 octobre, à 35 ans.
Épilogue
On raconte que Jean Mermoz lui-même, athée, se surprit à prier Léon Bourjade lors d'un atterrissage forcé au Sénégal. Ainsi vivent les héros discrets : longtemps après leur mort, ils veillent encore sur ceux qui volent.
Léon Bourjade
1889 — 1924